Qu'est ce que veut dire CATTP ?

Ces centres de soins, lieux d’écoute, d’échange permettent d’aider les bipolaires à mieux vivre au quotidien.

Par Marion Pradié

Quelques éléments et quelques traces de témoignage personnel.

La mission d’un CATTP ce qui veut dire « Centre d’Accueil Thérapeutique à Temps Partiel » est définie par l’arrêté législatif du 14 mars 1986 du Code de la Santé Publique.

Un CATTP est un lieu de soin, de rencontres et d’expressions. C’est une alternative à l’hôpital de jour (HDJ) et ce centre est géré par le Centre médico-psychologique (CMP) de votre secteur. C’est une alternative à l’hospitalisation à l’attention des patients de santé mentale qui vivent chez eux.

Ces lieux ne sont pas proprement parlés médicalisés (même si son personnel est fait de soignants, nous y reviendrons). C’est-à-dire qu’il faut déjà être suivi à l’extérieur par un médecin, ou un psychiatre, pour faire une demande de prescription à un CATTP. (Le psychiatre n’est pas obligatoirement un d’un Centre médico-psychologique, un libéral peut le prescrire aussi). Il faudra ensuite que le psychiatre référent du CATTP adhère à votre demande mais comme elle sera argumentée par la prescription de votre propre médecin, il y a peu de chances qu’on ne vous accepte pas à moins que votre propre médecin ait fait fausse route en vous présentant la chose qui ne serait en fait pas adaptée (par exemple un hôpital de jour).

Ces lieux sont principalement des points d’accueil, d’écoute, d’échange et d’accompagnement et ce à travers de très nombreuses médiations. Les patients sont “brassés” si bien que notre empathie naturelle à l’écoute due à notre pathologie nous permet de nouer des liens amicaux, des liens très proches avec les autres patients que l’on nomme “usagers”. Les “usagers” ont différentes formes de troubles : bipolaires, borderline, schizophrènes, dépressifs… Tout public psychiatrique dont le médecin préconise l’accès à un CATTP peut y être usager.

Aller au CATTP permet de réussir à sortir de chez soi, de se fixer un agenda, de tisser des liens sociaux donc, et ainsi de se réintégrer socialement. Toutefois, les CATTP en général s’adressent à des personnes considérées comme relativement stabilisées, mais on ne va pas être “viré” d’un CATTP parce qu’on est retombé en dépression par exemple. On peut alors nous préconiser l’hospitalisation complète, l’hôpital de jour, ou adapter l’emploi du temps de l’usager ; d’avantages de médiations “ressemblant à du soin” qu’à de la médiation culturelle par exemple.

Avant de venir au fait des médiations, quelles sont les équipes qui nous entourent quand on est usager : principalement nous sommes reçus en tant qu’usagers dans des activités et temps d’accueil par des infirmier.e.s psychiatriques. Ce personnel “anime” des activités (médiations) et peut prendre tout temps d’écoute individuel avec une personne chez qui la souffrance demeure. Il y a aussi toujours un médecin mais qui n’est pas sur place, il sera le référent du suivi de l’accompagnement de l’usager au CATTP en lui faisant par exemple deux fois par an, un bilan de ce suivi en centre ; il se déplacera à cet effet dans le CATTP. Il ne vous prescrira pas de traitement, il n’est pas là pour ça. Il complète votre psychiatre habituel.

« Le CATTP est mon oxygène. Mes seuls liens sociaux. Les seuls moments où en sus de ma bipolarité, mon Trouble Anxieux Généralisé disparaît. Le seul moment où je suis moi-même.« 

Des stagiaires ergothérapeutes, voire même des ergothérapeutes tout court sont souvent présents pour accompagner les psychiatres. Certains CATTP parlent d’assistants sociaux et de psychologues mais souvent il faut en fait se référer là au Centre médico-psychologique. (À noter : on peut tout à fait avoir un suivi psychiatrique en libéral, mais voir l’assistant.e social.e ou psychologue du Centre médico-psychologique).

Chaque semaine il y a une réunion de l’équipe pour faire le point sur chaque patient. Ainsi, nous sommes bien suivis.

Les médiations, ou activités proposées, sont très diverses et variables selon les CATTP. Cela peut être du dessin, de la peinture, de la musique, de l’écriture, du théâtre, des randonnées, des visites de sites régionaux, des musées, du bricolage, du jardinage, de la cuisine, des séances de cinéma, des promenades… La plupart du temps ces activités sont en demi-journées. Cependant certaines sont à la journée. Elles sont présentes toute la semaine sauf le week-end et les jours fériés.

L’emploi du temps d’un CATTP peut parfois avoir des récurrences mais aussi changer chaque semaine. À chacun de s’inscrire. Souvent on définit au premier rendez-vous avec le médecin qui suivra cet accompagnement le nombre de demi-journées où on va y aller. Souvent, on nous propose trois demi-journées pour commencer. Puis ce sont avec les infirmier.e.s que l’on affinera nos besoins de présence, si c’est davantage, si c’est moindre. On ne s’engage pas sur du fixe, on peut très bien aller au CATTP souvent pendant six mois puis ne plus trop y aller car ne plus en ressentir le besoin puis reprendre, il suffit juste d’en parler aux infirmier.e.s et on peut avoir un rendez-vous d’accompagnement avec le médecin référent au CATTP.

Aucune crainte à avoir : il n’y a pas un “engagement” fort de : il faut que j’y aille tous les deux jours de telle heure à telle heure. L’emploi du temps est très libre, sauf si on est en grande souffrance et que le CATTP essaie de faire en sorte que vous ne soyez pas hospitalisés, et vous incite ainsi à venir bien plus régulièrement.

Je vais passer à mon témoignage qui commence d’un :

Un tableau est mis à disposition proposant des activités sur deux semaines dans les deux CATTP que j’ai connu dont l’actuel. Chacun s’inscrit où il veut. (Normalement il n’y a pas vraiment de restrictions de places sauf pour les activités extérieures demandant qu’on soit véhiculé via le petit camion trafic par exemple du CATTP. Et là avec la période Covid les places sont très limitées, un contingent doit être respecté et non dépassé.) On appose donc son nom, on prévient au téléphone dès qu’on peut si finalement on ne pourra pas venir.

Dans mon cas, j’ai connu deux CATTP différents. Dans les deux j’avais le choix de recevoir le programme étalé sur deux semaines par mail ou par courrier postal, et soit je m’inscris quand je suis sur place, soit en leur téléphonant. Il est bien sûr conseillé quand on s’inscrit à une activité de tenir ses engagements ou sinon de s’excuser par téléphone.

À noter que parfois une petite somme symbolique est demandée pour des activités (2 euros la journée poterie où on peut ramener ses pièces chez soi, 3 euros le cinéma, 2 euros un atelier cuisine, 10 euros une journée musée et restaurant…sont des exemples que j’ai pu connaître).

Le CATTP ça fait 5 ans que j’en fais il me semble. J’ai passé 3 ans et demi dans un CATTP d’une zone de sectorisation avec un public assez âgé. J’avais 25 ans en y arrivant, mais je m’y suis épanouie. Je faisais alors beaucoup d’ateliers écriture, jeux de société, cinéma, aller au marché, promenades, et accueil autour d’un café. Puis j’ai déménagé et depuis 1 an et demi je m’épanouis encore plus parce que c’est un lieu davantage à mon âge. Je pratique régulièrement l’écriture, le théâtre (hors covid), les randonnées, les marches actives, les karaokés, les blind-tests musicaux…

Attention ! Lors du 1er confinement les CATTP furent demeurés fermés, ce fut atroce pour nous autres patients. Lors du 2è il est demeuré ouvert avec des contingents. Dans cet inévitable 3è qui devrait être encore plus strict…cela nous effraie d’une nouvelle fermeture.

Le CATTP est mon oxygène. Mes seuls liens sociaux. Les seuls moments où en sus de ma bipolarité, mon Trouble Anxieux Généralisé disparaît. Le seul moment où je suis moi-même. N’hésitez pas à faire des recherches internet et à en parler à votre psychiatre si vous pensez que ça peut vous intéresser.

Et en outre, il existe même des séjours thérapeutiques.. J’aurai du en faire un le printemps dernier, de 4 jours, loin de chez moi…. avec mes infirmier.e.s, mais la Covid a eu raison de moi, partie remise j’espère.

Le CATTP, renseignez-vous, cela peut être très salvateur !

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